Un SIRH sous-utilisé est un système RH déployé techniquement mais dont les fonctionnalités clés restent peu ou mal employées par les salariés, les managers et les équipes RH. Les causes sont presque toujours les mêmes : usage occasionnel qui fait oublier les procédures, formation ponctuelle, absence d’aide au moment du besoin, processus mal adaptés au terrain et indicateurs d’adoption trop superficiels.
L’essentiel
- Un SIRH mis en production dans les délais et le budget n’est pas pour autant adopté : la valeur dépend de l’usage réel.
- La plupart des salariés n’utilisent le SIRH que quelques fois par an et oublient les procédures entre deux campagnes.
- Le nombre de connexions ne mesure pas l’adoption : il faut suivre l’usage des fonctionnalités clés, l’achèvement des parcours et l’autonomie des utilisateurs.
- Former sur des cas réalistes, guider dans l’outil et mesurer en continu permet de transformer le SIRH en réflexe métier.
Les entreprises investissent massivement dans les SIRH pour moderniser leurs processus RH, améliorer l'expérience collaborateur et gagner en efficacité. Pourtant, quelques mois après le déploiement de solutions comme Workday, SAP SuccessFactors, Oracle Fusion Cloud HCM ou Cegid Talentsoft, le constat est souvent le même : les fonctionnalités existent, mais les usages restent limités.
Les collaborateurs continuent de solliciter les équipes RH pour des opérations simples. Certains processus sont contournés. D'autres fonctionnalités ne sont jamais utilisées. Résultat : le retour sur investissement attendu tarde à se concrétiser.
Pourquoi un SIRH performant est-il si rarement adopté à 100 % ? Quels sont les freins les plus fréquents ? Et surtout, comment les lever durablement ?
Le mythe du déploiement réussi
Dans de nombreuses organisations, le projet est considéré comme terminé dès que le SIRH est mis en production.
Les indicateurs de succès portent souvent sur :
- Le respect du budget.
- Le respect du planning.
- La migration des données.
- La disponibilité technique de la plateforme.
Mais ces critères ne garantissent pas l'adoption réelle par les utilisateurs.
Un SIRH crée de la valeur uniquement lorsqu'il est utilisé correctement et régulièrement par les collaborateurs, les managers et les équipes RH.
Le véritable enjeu n'est donc pas le déploiement de l'outil, mais son appropriation au quotidien.
Une interface complexe pour les utilisateurs occasionnels
Les collaborateurs ne passent pas leur journée dans leur SIRH.
Contrairement à un gestionnaire RH, un salarié va souvent utiliser l'outil pour :
- Poser des congés.
- Modifier ses informations personnelles.
- Réaliser un entretien annuel.
- Consulter ses objectifs.
- Accéder à une formation.
Ces actions sont ponctuelles. Entre deux utilisations, plusieurs semaines ou plusieurs mois peuvent s'écouler.
Même lorsque l'interface est moderne, les utilisateurs oublient rapidement les procédures à suivre. Ils se retrouvent alors confrontés à des difficultés simples :
- Où trouver la fonctionnalité recherchée ?
- Quelle étape réaliser en premier ?
- Quel formulaire compléter ?
- Comment valider une demande ?
Chaque hésitation génère une friction qui nuit à l'expérience utilisateur.
Une formation initiale rapidement oubliée
Lors du déploiement d'un nouveau SIRH, les entreprises organisent généralement des sessions de formation.
Cette approche est indispensable mais rarement suffisante.
Selon la courbe de l'oubli, une grande partie des connaissances acquises lors d'une formation est perdue après quelques semaines lorsqu'elles ne sont pas immédiatement mises en pratique.
Le problème est particulièrement visible pour les processus RH utilisés seulement quelques fois par an :
- Entretiens annuels.
- Revues de performance.
- Campagnes de mobilité interne.
- Gestion des compétences.
Les collaborateurs doivent alors réapprendre le fonctionnement du système à chaque nouvelle campagne.
C'est pourquoi les entreprises les plus avancées complètent désormais la formation traditionnelle par des dispositifs de guidage directement intégrés dans les outils.
Le manque d'accompagnement au moment du besoin
L'un des principaux freins à l'adoption digitale est l'absence d'assistance contextuelle.
Lorsqu'un utilisateur rencontre une difficulté, plusieurs réactions apparaissent :
- Il contacte les RH.
- Il sollicite un collègue.
- Il ouvre un ticket support.
- Il abandonne temporairement sa démarche.
Ces comportements entraînent une perte de productivité pour l'ensemble de l'organisation.
Les plateformes d'adoption digitale comme K-NOW permettent justement d'apporter une aide directement dans le SIRH au moment où l'utilisateur en a besoin.
Grâce à des guides interactifs, des bulles d'aide ou des parcours contextualisés, les collaborateurs sont accompagnés sans quitter leur environnement de travail.
Des processus RH qui ne correspondent pas aux usages terrain
Un autre facteur de sous-utilisation réside dans l'écart entre les processus définis lors du projet et la réalité opérationnelle.
Les équipes projet construisent souvent des parcours optimisés sur le papier. Pourtant, les collaborateurs rencontrent parfois des contraintes non identifiées :
- Multiplication des validations.
- Formulaires trop longs.
- Terminologie complexe.
- Navigation peu intuitive.
Ces points de friction peuvent sembler mineurs individuellement. Additionnés, ils créent une expérience utilisateur dégradée qui freine l'adoption.
Mesurer les usages réels devient alors essentiel pour identifier les blocages et améliorer continuellement les parcours.
Une expérience numérique fragmentée
Dans la plupart des entreprises, le SIRH n'est qu'une brique parmi de nombreuses applications métier.
Les collaborateurs naviguent quotidiennement entre :
- Le SIRH.
- Le CRM.
- Les outils collaboratifs.
- Les plateformes de formation.
- Les solutions financières ou opérationnelles.
Cette multiplication des outils génère une surcharge cognitive importante.
L'utilisateur doit mémoriser plusieurs interfaces, plusieurs logiques de navigation et plusieurs processus.
L'expérience numérique globale devient alors plus complexe, ce qui réduit mécaniquement l'engagement dans chaque application.
C'est l'une des raisons pour lesquelles le concept de Digital Employee Experience (DEX) prend aujourd'hui une place centrale dans les stratégies de transformation digitale.
Les indicateurs de connexion ne reflètent pas l'adoption réelle
De nombreuses organisations considèrent qu'un collaborateur connecté est un collaborateur actif.
Or, ce n'est pas toujours le cas.
Se connecter au SIRH ne signifie pas :
- Utiliser les fonctionnalités clés.
- Réaliser correctement les processus.
- Comprendre les nouvelles procédures.
- Atteindre les objectifs de transformation.
Pour piloter efficacement l'adoption, il faut mesurer des indicateurs plus pertinents :
- Taux d'utilisation des fonctionnalités stratégiques.
- Réalisation des parcours RH.
- Fréquence des usages.
- Temps nécessaire pour accomplir une tâche.
- Niveau d'autonomie des utilisateurs.
Des solutions analytiques comme K-VALUE permettent de suivre précisément ces indicateurs afin d'identifier les leviers d'amélioration.
Comment savoir si votre SIRH est sous-utilisé ? 6 signaux d’alerte
Avant même de disposer d’analytics détaillés, plusieurs symptômes montrent qu’un SIRH n’est pas pleinement adopté :
- Les RH restent le guichet : les demandes simples (attestation, solde de congés, changement d’adresse) arrivent encore par e-mail ou par téléphone.
- Les campagnes s’éternisent : entretiens annuels ou revues de rémunération nécessitent plusieurs relances avant d’être bouclés.
- Les fichiers parallèles persistent : tableurs de suivi des absences ou des formations tenus en dehors de l’outil.
- Les tickets se répètent : les mêmes questions reviennent au support après chaque campagne ou chaque nouvelle version.
- Des modules dorment : fonctionnalités payées (gestion des compétences, mobilité interne) jamais ou rarement ouvertes.
- Les écarts entre populations se creusent : les équipes RH utilisent l’outil, les managers et les salariés beaucoup moins.
Chacun de ces signaux a un coût : temps RH absorbé par des tâches à faible valeur, données incomplètes, retour sur investissement différé. Les objectiver avec des données d’usage permet de mesurer le ROI de votre SIRH grâce aux données d’adoption et de prioriser les actions correctives.
Comment augmenter réellement l'utilisation de votre SIRH ?
L'amélioration de l'adoption repose sur une approche continue plutôt que sur une action ponctuelle.
1. Former dans des environnements réalistes
Les collaborateurs apprennent mieux lorsqu'ils pratiquent.
Les simulateurs applicatifs permettent de reproduire les processus réels sans risque d'erreur.
Avec K-STUDIO, les équipes peuvent s'entraîner sur des scénarios proches de leur quotidien et gagner rapidement en confiance.
2. Accompagner les utilisateurs directement dans l'outil
L'aide contextuelle réduit les blocages et limite les sollicitations du support.
Le collaborateur devient plus autonome et réalise ses tâches plus rapidement.
3. Mesurer les usages réels
Sans données fiables, il est difficile de comprendre pourquoi certaines fonctionnalités sont délaissées.
Les analytics d'adoption permettent de cibler précisément les zones de friction.
4. Optimiser continuellement les parcours
L'adoption n'est jamais acquise définitivement.
Les évolutions du SIRH, les changements organisationnels ou l'arrivée de nouveaux collaborateurs nécessitent des ajustements réguliers.
Workday, SAP SuccessFactors, Cegid Talentsoft : pourquoi l’adoption se joue en continu
Les SIRH en mode SaaS évoluent en permanence. Workday, par exemple, publie deux versions majeures par an, en mars et en septembre, en plus de mises à jour hebdomadaires. Les offres elles-mêmes se recomposent : Talentsoft, racheté par Cegid en 2021, est aujourd’hui commercialisé sous le nom Cegid Talentsoft et regroupé avec d’autres briques dans l’offre Cegid HR.
Conséquence : un dispositif d’accompagnement pensé uniquement pour le lancement devient vite obsolète. Pour maintenir l’adoption, prévoyez :
- une revue des nouveautés à chaque version, avec l’identification des populations concernées ;
- la mise à jour des guides, des aides en ligne et des parcours de formation ;
- une communication ciblée sur les changements visibles par les managers et les salariés ;
- un suivi des usages avant et après chaque version pour repérer les nouvelles zones de friction.
Cette approche s’inscrit dans une méthodologie de conduite du changement continue plutôt que dans un projet clos au go-live.
Le véritable défi : transformer un outil en réflexe métier
Un SIRH comme Workday ou SAP SuccessFactors peut offrir des centaines de fonctionnalités. Pourtant, sa valeur dépend avant tout de son utilisation effective par les collaborateurs.
Les difficultés rencontrées ne sont généralement pas liées à la technologie elle-même. Elles proviennent davantage des usages, de l'accompagnement et de l'expérience utilisateur proposée.
Les organisations qui réussissent leur transformation digitale sont celles qui combinent trois dimensions essentielles :
- La formation immersive.
- L'accompagnement contextuel.
- La mesure continue de l'adoption.
En plaçant l'expérience utilisateur au cœur de leur stratégie, elles transforment progressivement leur SIRH en un véritable levier de performance, de productivité et de bien-être numérique.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’adoption d’un SIRH ?
L’adoption d’un SIRH désigne le niveau auquel les salariés, les managers et les équipes RH utilisent réellement le système d’information RH, de façon autonome et conforme aux processus prévus. Elle se mesure par l’usage des fonctionnalités clés, le taux d’achèvement des parcours (demande de congés, entretien annuel) et la baisse des sollicitations au support, bien plus que par le nombre de comptes ouverts.
Qu’est-ce que la courbe de l’oubli ?
La courbe de l’oubli, décrite par le psychologue Hermann Ebbinghaus à la fin du XIXe siècle, montre que la mémoire d’informations nouvelles décroît rapidement en l’absence de rappel. Ses résultats ont été reproduits en 2015 par des chercheurs de l’université d’Amsterdam. Pour un SIRH utilisé quelques fois par an, elle explique pourquoi une formation initiale ne suffit pas.
Pourquoi les salariés n’utilisent-ils pas le libre-service RH ?
Le libre-service RH est souvent délaissé parce que les salariés s’en servent rarement : ils oublient où se trouve la fonctionnalité, quelles étapes suivre et qui valide la demande. Ajoutez des formulaires longs ou un vocabulaire RH peu familier, et il devient plus simple d’écrire aux RH. Une aide contextuelle dans l’outil et une formation aux logiciels adaptée à l’usage réel lèvent ces freins.
Talentsoft existe-t-il toujours ?
Oui. Talentsoft a été racheté par Cegid en 2021 et sa suite de gestion des talents est désormais commercialisée sous le nom Cegid Talentsoft. Cegid regroupe aujourd’hui Talentsoft, Digitalrecruiters et Wittyfit sous la marque Cegid HR. Les clients continuent d’utiliser la solution, dont les écrans et les processus évoluent au fil des versions, ce qui impose d’actualiser régulièrement l’accompagnement des utilisateurs.
Comment accompagner les nouveaux arrivants sur le SIRH ?
Les nouveaux arrivants découvrent le SIRH en même temps que l’entreprise : identifiants, données personnelles, premiers objectifs, formations obligatoires. Intégrer une prise en main guidée du SIRH au parcours d’accueil, avec des aides contextuelles sur les premières démarches, évite qu’ils prennent l’habitude de passer par les RH. Voir nos conseils pour un onboarding digital efficace dès le jour 1.
Sources
- Jaap M. J. Murre et Joeri Dros, « Replication and Analysis of Ebbinghaus’ Forgetting Curve », PLOS ONE, 6 juillet 2015
- Cegid, « Cegid Talentsoft – Logiciel de gestion du capital humain », page produit consultée en octobre 2026
- Workday Documentation, « Workday Release Schedule », consulté en octobre 2026
- Oracle France, « Oracle Fusion Cloud HCM », page produit consultée en octobre 2026