Le core banking

Le core banking désigne le système qui tient les comptes, les dépôts et les crédits d'une banque. Le terme n'a aucune définition normative : il se laisse cerner par ce que les opérateurs y placent et par ce qu'ils en distinguent.

9 min de lecture Banque Système d'information

Définition en bref

Le core banking désigne le système d'information central d'une banque : celui qui tient les comptes, enregistre les opérations, porte les produits de dépôt et de crédit et alimente la comptabilité.

  • Aucun régulateur et aucune norme ne définissent le terme : il vient de l'industrie, et les éditeurs eux-mêmes le délimitent par leur offre.
  • Le périmètre se lit en creux : les canaux de distribution, le pilotage et la relation client sont présentés comme distincts du noyau.
  • Le cadre réglementaire qui pèse sur ces systèmes est, lui, parfaitement identifié : DORA, applicable depuis le 17 janvier 2025.

Qu'est-ce que le core banking ?

Il n'existe aucune définition normative du core banking. Ni le règlement européen sur la résilience opérationnelle numérique, ni les orientations de l'Autorité bancaire européenne, ni les principes du Comité de Bâle, ni la norme ISO 20022, ni les publications des superviseurs allemand, français et européen ne définissent le terme.

Le concept réglementaire le plus proche est celui de fonction critique ou importante, employé par DORA. Il est fonctionnel et non applicatif : il qualifie ce dont la défaillance compromettrait l'activité, sans désigner un logiciel particulier.

Les définitions disponibles sont donc des définitions d'éditeurs, et elles doivent être attribuées comme telles. Temenos décrit son core banking comme le cœur battant de la banque et met en avant des capacités centrales modulaires ; Oracle insiste sur la configuration rapide de nouveaux produits et le traitement transactionnel ; Mambu présente un noyau réunissant core banking, paiements et agents d'IA. Ce sont des descriptions d'offre, pas des définitions de concept.

Ce que le core banking recouvre

En recoupant les périmètres annoncés par les éditeurs, l'ossature est stable. Quatre blocs reviennent :

  • la tenue de compte — ouverture, arrêtés, positions, mouvements, intérêts ;
  • les produits — dépôts, crédits, échéanciers, conditions tarifaires, et le paramétrage qui permet d'en créer de nouveaux ;
  • le traitement des opérations — enregistrement, comptabilisation, traitements de fin de journée ;
  • le grand livre — l'alimentation de la comptabilité et des restitutions réglementaires.

L'illustration la plus nette de ce découpage ne vient pas d'un éditeur mais d'un opérateur. Finanz Informatik, le prestataire informatique des caisses d'épargne allemandes, décrit sa plateforme OSPlus en trois blocs : le Kernbanksystem comme composant central, complété par un ensemble d'applications ; OSPlus_neo comme frontal de distribution ; et l'OSPlus-Banksteuerung pour le pilotage de l'établissement.

Cette architecture dit en creux ce que le noyau n'est pas : ni le canal par lequel le client ou le conseiller y accède, ni l'outil de pilotage qui l'exploite. La même séparation se lit chez les éditeurs, qui présentent les expériences digitales, la lutte contre la fraude, la gestion de fortune ou l'analytique comme des ensembles distincts, intégrés avec le noyau.

La frontière est déduite de l'organisation des offres et des plateformes, pas d'une définition.

Le cadre réglementaire qui pèse sur ces systèmes

Si le terme n'est pas défini, les obligations qui s'appliquent au système le sont précisément.

DORA — le règlement (UE) 2022/2554 du 14 décembre 2022 sur la résilience opérationnelle numérique du secteur financier — est applicable depuis le 17 janvier 2025. Il pose un cadre de gestion du risque lié aux technologies de l'information, encadre le risque lié aux prestataires tiers et leurs clauses contractuelles, et institue une supervision directe des prestataires désignés comme critiques par les autorités européennes de surveillance. Il harmonise ces exigences sur vingt et un types d'entités financières (ESMA).

La portée pour un système bancaire central est directe. Le règlement ne prononce jamais les mots « core banking », mais un système qui tient les comptes relève sans ambiguïté de la fonction critique ou importante, et son éditeur ou son hébergeur entre dans la catégorie des prestataires tiers de services TIC — services définis par le règlement comme des services numériques et de données fournis de manière continue via des systèmes informatiques.

Les orientations de l'ABE sur le risque TIC et de sécurité (EBA/GL/2019/04, amendées par EBA/GL/2025/02, applicables depuis le 20 mai 2025) s'adressent aux établissements de crédit, aux entreprises d'investissement et aux prestataires de services de paiement. L'amendement de 2025 a restreint leur périmètre, précisément du fait de l'entrée en application de DORA, dans un objectif de clarté juridique.

S'y ajoutent, au niveau international, les principes de résilience opérationnelle publiés par le Comité de Bâle le 31 mars 2021, et les principes d'agrégation des données de risque de janvier 2013, connus sous le nom de BCBS 239, qui portent sur la capacité d'un établissement à consolider ses données de risque et à en rendre compte.

ISO 20022, la contrainte d'interopérabilité

Un système bancaire central ne vit pas isolé : il échange avec les infrastructures de paiement, et le format de ces échanges est normalisé. ISO 20022 est une norme internationale en plusieurs parties, préparée par le comité technique ISO/TC 68 « services financiers », qui fournit une plateforme commune pour le développement des messages. Elle couvre cinq domaines — paiements, titres, financement du commerce, cartes et change — et identifie chaque message par un code à quatre lettres suivi d'un numéro : pacs pour la compensation et le règlement, pain pour l'initiation, camt pour la gestion de trésorerie.

La bascule est faite. Swift situe en novembre 2025 la fin de la période de coexistence entre le format MT et ISO 20022 pour les paiements transfrontaliers, et indiquait le 27 août 2026 que plus de 98 % des instructions de paiement sont désormais émises au format ISO 20022 (Swift). Côté infrastructure européenne, la Banque centrale européenne indique que T2, lancé en mars 2023 en remplacement de TARGET2, utilise la norme ISO 20022, comme T2S, TIPS et ECMS.

98 %

des instructions de paiement émises au format ISO 20022 sur le réseau Swift, après la fin de la coexistence avec le format MT.

Swift, 27 août 2026

Une échéance reste ouverte, et elle vient de bouger. L'obligation de n'accepter que des adresses postales structurées ou hybrides, prévue pour le 14 novembre 2026, a été reportée : Swift a annoncé le 27 août 2026 accepter la demande de sa communauté, la nouvelle date devant être arrêtée d'ici décembre 2026. Le motif invoqué est l'inégalité d'avancement entre acteurs — en avril 2026, 61,2 % des paiements comportaient encore une adresse de débiteur non structurée. Situation au 27 août 2026.

Trois modèles d'organisation, et un cas allemand instructif

La question qui structure les projets n'est pas le choix d'un éditeur mais celui d'un modèle : développement interne, progiciel d'éditeur déployé pour l'établissement, ou plateforme mutualisée exploitée pour un réseau. Le marché allemand offre l'illustration la plus documentée du troisième modèle, parce que ses opérateurs publient leurs chiffres.

Finanz Informatik se présente comme le prestataire informatique central du groupe des caisses d'épargne allemandes. Au 30 juin 2026, l'entreprise déclare servir 338 caisses d'épargne, gérer 112 millions de comptes et compter 7 761 postes équivalent temps plein. Sur l'exercice, elle déclare traiter 219 milliards de transactions techniques pour un chiffre d'affaires de 2,6 milliards d'euros.

Atruvia, son équivalent pour les banques coopératives, déclare pour l'exercice 2025 plus de 900 clients, 97 millions de comptes, 10 milliards d'écritures et 1,9 milliard d'euros de chiffre d'affaires. Ces clients comprennent l'ensemble des Volksbanken et Raiffeisenbanken allemandes, soit environ 650 établissements.

112 M

de comptes gérés par Finanz Informatik pour 338 caisses d'épargne allemandes, chiffres arrêtés au 30 juin 2026.

Finanz Informatik

97 M

de comptes gérés par Atruvia pour plus de 900 clients, dont l'ensemble des banques coopératives allemandes, exercice 2025.

Atruvia

Ces chiffres sont déclarés par les entreprises elles-mêmes et mesurent un volume géré, non une part de marché ni une performance. Ils sont cités pour une raison précise : ils donnent l'ordre de grandeur d'un système bancaire central mutualisé, et ils expliquent pourquoi le calendrier de ces plateformes s'impose aux établissements plutôt que l'inverse.

Le remplacement d'un core banking est un sujet d'usage

Un changement de système bancaire central touche des populations très différentes : conseillers en agence, gestionnaires de back-office, opérateurs de middle-office, contrôle et conformité. Leurs points de contact avec le système n'ont rien de commun, et leur tolérance à l'erreur non plus.

Trois caractéristiques distinguent ces projets :

  • la bascule est rarement progressive sur le périmètre comptable : les comptes et les positions changent de système à une date donnée, ce qui fait du cutover et de l'hypercare des moments critiques ;
  • l'erreur est visible par le client — un libellé d'opération erroné, un solde affiché avec retard, un prélèvement rejeté remontent immédiatement au conseiller ;
  • les gestes sont nombreux et peu fréquents : un gestionnaire exécute des dizaines d'opérations différentes, dont certaines quelques fois par an, ce qui rend la mémorisation par la formation initiale illusoire.

L'accompagnement se joue donc moins sur le volume de formation dispensée avant la bascule que sur l'aide disponible dans l'application au moment de l'opération, et sur la mesure de ce qui bloque réellement, écran par écran et profil par profil. C'est le terrain de l'adoption digitale.

Scénario illustratif · Six semaines après la bascule

La situation

Le nouveau système est stable, les traitements de fin de journée passent. Le back-office traite pourtant deux fois plus de réclamations qu'avant la bascule, sur un petit nombre d'opérations.

Ce que montre l'analyse

  • quatre écrans concentrent l'essentiel des reprises, tous liés à des opérations peu fréquentes ;
  • les conseillers en agence ont été formés sur le parcours courant, pas sur ces cas-là : leurs saisies incomplètes génèrent les reprises que traite le back-office ;
  • la procédure existe, dans un document de 90 pages que personne n'ouvre en présence du client.

L'alternative

Un guidage dans l'application sur ces quatre écrans, déclenché au moment de l'opération, et une mise en situation courte sur les cas rares. Le volume de formation n'augmente pas ; il est redéployé là où les reprises se produisent.

L'expertise Knowmore

Comment Knowmore accompagne un changement de système bancaire.

K-STUDIO reproduit le nouveau système pour que conseillers et gestionnaires s'exercent aux opérations sensibles avant la bascule, y compris celles qu'ils ne rencontreront que quelques fois par an.

K-NOW affiche l'aide dans l'application, au moment de l'opération, plutôt que dans une procédure que personne n'ouvre devant un client. K-VALUE montre où les utilisateurs hésitent ou abandonnent, écran par écran et profil par profil — ce qui indique où intervenir pendant l'hypercare.

Conclusion

Le core banking n'a pas de définition normative : ni les régulateurs ni les normes ne fixent le terme, et les éditeurs le délimitent par leur offre. Le périmètre se lit mieux en creux — le noyau n'est ni le canal de distribution, ni l'outil de pilotage.

Les obligations, elles, sont précises : DORA depuis le 17 janvier 2025, les orientations de l'ABE, les principes de résilience opérationnelle, et l'interopérabilité ISO 20022. Le risque d'un remplacement se concentre sur la bascule et sur les semaines qui la suivent.

Questions fréquentes

Existe-t-il une définition officielle du core banking ?

Non. Ni DORA, ni les orientations de l'ABE, ni les principes du Comité de Bâle, ni ISO 20022, ni les superviseurs nationaux ne définissent le terme. Le concept réglementaire le plus proche est celui de fonction critique ou importante, qui qualifie un usage et non un logiciel. Les définitions disponibles sont des descriptions d'offres d'éditeurs.

Quelle différence entre le core banking et l'ERP d'une banque ?

Le core banking porte le métier bancaire lui-même : comptes, produits de dépôt et de crédit, opérations, alimentation du grand livre. L'ERP porte les fonctions support de l'entreprise — achats, ressources humaines, immobilisations, comptabilité générale. Les deux se rejoignent en comptabilité, mais ne traitent pas les mêmes objets.

Qu'est-ce que DORA change pour un système bancaire central ?

DORA est applicable depuis le 17 janvier 2025. Il ne nomme pas le core banking, mais un système qui tient les comptes relève de la fonction critique ou importante : gestion du risque informatique, tests de résilience, notification des incidents, encadrement contractuel des prestataires. Un éditeur ou un hébergeur peut être désigné prestataire critique et placé sous supervision directe européenne.

Où en est la migration ISO 20022 ?

La coexistence entre le format MT et ISO 20022 sur les paiements transfrontaliers s'est achevée en novembre 2025, et Swift indiquait le 27 août 2026 que plus de 98 % des instructions de paiement sont émises au nouveau format. L'étape suivante, relative aux adresses postales structurées, a été reportée le même jour, la nouvelle date devant être fixée d'ici décembre 2026.

Passons à la pratique

Un système stable. Des réclamations qui doublent.

Parlons des quelques écrans de votre nouveau système où se concentrent les reprises — et de ce qui s'y corrige sans développement.